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16.04.2008

l'affaire Ranucci

Je me souviens d’avoir vu, il y a de cela longtemps, le film « Le pull-over rouge ». Mais pas moyen de me remémorer les sentiments qu’il a pu m’inspirer. M’avait-il convaincue de l’innocence ou de la culpabilité de Ranucci ? En fait, je me souviens surtout que ce film m’a aidée à voir que la peine de mort est elle aussi un crime, un crime d’état. En cela, le film a atteint l’un de ses objectifs. Mais en lisant par la suite le livre de Gilles Perrault, qui a donné toutes ses « lettres de noblesse » à cette affaire (et dont le livre sert de base au film), l’auteur m’a paru aussi très convaincant dans sa conviction de l’innocence de Ranucci. Mais quelques détails sur le déroulement de l’affaire m’ont tout de même chiffonnée. D’abords l’existence de ce pull over rouge que madame Mathon (mère de Ranucci), a déclaré comme étant impossible qu’il appartint à son fils « Car il détestait le rouge ». Rien que cet excès de langage me semble douteux, d’autant que trouvé sur les lieux du crime, il ne prouvait en rien qu’il concerna Ranucci. Il se trouvait également dans la voiture du fils, un paquet de gâteaux de la marque Brun. Là aussi, la mère très aimante s’est écriée que son fils détestait ces gâteaux à cause du souvenir d’être passé alors qu’il était petit garçon, nombre de fois devant une usine en fabriquant, et que l’odeur qui en émanait l’aurait écœuré à vie. Sans doute voulait-elle faire croire qu’un véritable criminel se serait amusé à mettre tous ces détails sous les pas de son fils pour le faire accuser ! Mais pourquoi mettre des indices que Ranucci était censé mépriser ? !!! Mais ce qui m’a troublée le plus, c’est la tentative de meurtre dont aurait été témoin le jeune garçon de la part de son père sur sa mère. Une agression à coups de couteau ! Je trouve qu’il y a là au moins deux indices qui relèvent du remake ! Des gâteaux que Ranucci n’aime pas, des coups de couteaux, deux éléments qui auront sans doute marqué sa vie, mais qui ne pouvaient réapparaître que dans des moments d’exceptions, comme pour bien séparer la conduite de Ranucci dans le quotidien, et celle de son inconscient quand il ressurgit de manière violente. Des petits gâteaux Brun pour les enfants, des coups de couteaux en souvenirs, un meurtre au final. Il y a beaucoup de similitude entre l’histoire de Ranucci enfant, et celle du meurtre dont il est accusé de la jeune Marie-Dolores Rambla. C’est assez impressionnant. Le livre de Gérard Bouladou, inspecteur de police ou quelque chose comme ça, s’il est moins convaincant dans sa volonté de prouver la culpabilité de Ranucci, par manque de talent dans l’écriture sans doute, malgré tout, donne d’aussi vrais arguments. Ceci dit, si j’avais été juge au procès de Ranucci, j’aurai répondu très exactement qu’en mon âme et conscience, puisque c’est ce qui est demandé aux Assises, que Ranucci est coupable. En revanche, si l’on m’avait demandée, y-a-t’il des preuves indubitables de la culpabilité de Ranucci, j’aurais répondu Non… d’où l’intérêt de l’abolition de la peine de mort pour éviter les conséquences de ce genre de dualité.

Enfin, un passage du livre de Gérard Bouladou m’a troublée, où il raconte l’histoire de Jean Rambla, le frère de la victime. Agé d’à peine 6 ans le 4 juin 1974, date de l’enlèvement et du meurtre de sa soeur, il aura passé ensuite toute sa vie à ressasser cette affaire et sans doute à traîner une culpabilité, qui ne lui revenait évidemment pas. Le jour des faits, il a laissé seule sa sœur, plus âgée, pour aller chercher un soi-disant chien à la demande de ce qui n’était encore qu’un simple monsieur de passage. Interrogé, toujours au centre de l’affaire, interpellé par le succès d’un Gilles Perrault convaincu de l’innocence de Ranucci, invité à des émissions pour en parler, il n’a pu, à mon avis, que souffrir au quotidien de cette situation. D’autant que la mode n’était pas encore au suivi psychologique d’office. En lisant le livre, je me demandais comment il pouvait s’être sorti de tout ça. Bien mal, à en lire la fin du livre. En 2005, il a été accusé du meurtre de sa patronne pour des raisons de salaire. Au final, il a reproduit avec sa sensibilité des choses vécues enfant…. Tout comme a pu le faire Christian Ranucci.

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